lundi 26 décembre 2011

XTRMNTR, le bien nommé

XTRMNTR fait partie de ces albums clé de voute sur lesquels l'oeuvre d'un artiste peut raisonnablement s'appuyer. A cet égard, Screamadelica (1991) et XTRMNTR (2000) sont ces clés qui, à presque 10 ans d'écart, permettent de soutenir les 30 ans de carrière de Primal Scream.
Sans ces oeuvres esthétiquement cohérentes et abouties on ne pourrait se situer clairement dans l'espace chronologique et topographique du groupe. Il y a un avant et après Screamdelica, comme il y un album plus ou moins dans la vaine de XTRMNTR.
On serait tenté de questionner si ce n'est édifier une oeuvre après coup, autrement dit de la rationaliser. Peut-être bien, malgré tout, il est sur que ces albums assurent immédiatement mieux leur statut d'album-monde, ou si l'on préfère, d'album-univers : "as Screamadelica tried to encapsulate the importance of ecstasy culture, [...] XTRMNTR is a nasty, fierce realization of an entire world that has also lost the plot" écrit justement Dean Carlson.

Kill All Hippies démarre l'album sur le sample de la voix de Linda Maze tiré de Out of the Blue (1980), long métrage de Dennis Hopper :
Subvert normality, fuck you
Punk is not sexual, it's just aggression
10-4 old buddies destroy, kill all hippies
Anarchy, disco sucks
Subvert normality
Ceci avant d'ouvrir sur des boucles électroniques râpeuses, nous livre en substance le modus operandi de l'album, à savoir un nous-contre-eux belliqueux et nihiliste. Pour vous en convaincre, le titre poursuit sur le dichotomique "you got the money, I got the soul". Lyriquement, tout est là, systématiquement sur le mode de la vindicative.
Du "No civil disobedience / Everyone's a prostitue" d'Exterminator au soliloque obsédé de Gillespie sur Pills (qui se finit, dans la vase, sur un "Fuck fuck sick fuck fuck sick"). Musicalement électronique et revêche pour mieux constituer ce propos, on ne s'étonnera pas de voir les noms de Jagz Kooner, Dan The Automator, Chemical Brothers au mixage; on reconnaitra aussi derrière les (saintes) effusions bruitistes d'Accelerator et la brillante relecture de If They Move, Kill'Em la personne de Kevin Shields.
Il serait séduisant de dire que XTRMNTR c'est, comme son nom l'indique, l'effacement des voyelles, donc l'effacements des sons clairs. Il ne subsisterait que les consonnes : des bruits, tels qu'un chuintement, un sifflement, un roulement, un claquement (Wikipedia ne saurait dire mieux).
Comme dans le clip de Kill All Hippies, parfait manifeste esthétique, où ces visages sont surimprimés de couleurs vives : plus de voyelles, plus de lettres, plus de noms. A la guerre comme à la guerre,  tout le monde est indifférent.

Le clip -d'ailleurs superbe, au même titre que la pochette- est très éloquent. Le champ lexical de la vitesse, de la violence et du combat y est représenté par des découpages d'images télévisuelles et des surimpressions de couleurs vives, le tout se déplaçant dans des espaces vides troniques.
Toutefois ce tableau -sentencieux- ne saurait être assumé autrement que comme une sorte de pastiche sincère, qui est une caractéristique de Primal Scream (on peut penser, par exemple, à la façon bien à eux de se réapproprier les Stones ou les Byrds). 
A l'instar de cette recherche du nom-qui-tue qui sent bon les années 80 : Accelerator, Exterminator, Swastika Eyes. Comme l'écrit bien Nanarland, "la terminaison or constitue un cas intéressant de suffixe nanar dans la grammaire des producteurs et distributeurs de films d'exploitation" qui "dégage une sonorité plus tapageuse et froidement définitive" en vue d'affriander le client. Cette démarche ne peut qu'assumer un côté ringard et excessif, en dernière instance jouissif, qui permet à Gillespie d'aller très loin dans son délire. "Puisqu'une fois dépassé les bornes il n'y a plus de limites".
D'ailleurs quand on regarde les pochettes de ces nanars, comment ne pas penser en retour à celle de XTRMNTR ? Surtout quand on regarde celle de... Exterminator 2 (1984) de Robert Ginty ?
La musique viscérale et parfois robotique de l'album pourrait sembler la B.O. qui accompagne l'exterminateur dans ses tribulations destructrices nihilistes : "Rain down fire on everyone" commande Swastika Eyes. (Une certaine dimension cinématographique n'est d'ailleurs plus étonnante depuis Vanishing Point (1997), que Bobby avait qualifié de "anarcho-syndicalist speedfreak road movie record".)
Quand on vous dit que Gillespie aime le cinéma!
Il y a d'évidence une homogénéité esthétique remarquable entre le titre, la pochette et l'album. 
Autant le soleil halluciné aux couleurs criardes de Screamadelica annonçait l'hédonisme drogué de l'album, ici les soldats et le lettrage militaire signalent le propos combatif de Primal Scream.

Il serait alors encore plus séduisant de voir dans ces signes un retournement, une volonté de faire table rase du passé. C'est qu'il n'y avait au final de meilleure année que 2000 pour servir ce manifeste et lui donner cette portée, il faut le dire, dogmatique. En effet certaines ambiguïtés le laissent entendre. Kill All Hippies, c'est littéralement la mise à mort des hippies, mais aussi, pourrait-on dire, la mise à mort de la pop fleurie des débuts du groupe (en particulier Sonic Flower Groove (1987), premier opus). Aussi, comment savoir à qui s'adresse vraiment ces harangues, sinon à Gillespie lui-même? On ne saurait mieux définir Pills qu'un "queasy bathroom-mirror rant", comme l'écrit le NME, où notre Bob finirait par voir se confondre son reflet dans le miroir par un analogon qui le nargue.
Mais c'est là encore une vision trop romantique, et il faudra se borner à considérer cet album comme  la réussite de Primal Scream  d'avoir su fondre en un objet esthétiquement abouti tout ce qui fait leur son, ou comme le dit très bien le NME, "the record's ferocious assimilation of a host of customised Scream modes: chemical funk, free-jazz skronk, cosmic rock, molten noise." 

C'est au final album rouge. Un album rouge qui portait (trop) bien son nom.

samedi 17 décembre 2011

Le cinéma-vérité : comment vis-tu?



Chronique d'un été est un documentaire français produit en 1961 qui se donne pour alibi d'interroger les gens sur le bonheur pour faire parler des voix que les réalisateurs, Edgar Morin et Jean Rouch, aiment entendre. Ce sera alors un documentaire sur le thème du bonheur.

Ce sont donc ces personnages qui parlent de leur condition, de leur vie, un peu de rien (le titre provisoire du film durant son tournage était Comment vis-tu ?) avec ce français gouailleur de l'époque. Il me venait en tête durant le visionnage les entretiens qu'avait donnés Céline en fin de vie, remarquables grâce à sa roublardise. Evidemment, le seul dénominateur commun est cet accent parisien d'autre fois que l'on n'entend plus. Les phrases roulaient dans la bouche de Céline avec la coquetterie d'un vieux dandy devenu dégueulasse, avant de buter sur ses inévitables "n'est-ce pas?".

Malgré l'abattement apparent de certains intervenants, un sentiment de révolution habite le documentaire. Il y a un désir sain d'être heureux dans ses individus, une violence qui vient se loger dans leur façon de parler. Assurément les réalisateurs ont choisi des personnes qui les touchaient, de voir ce qui allait se passer devant la caméra. On pense à Marilou et sa façon incandescente de parler de sa vie, elle voudrait la fuir jusqu'à dans la mort. Ceci est impossible : parce que même si elle se suicidait, dit-elle, ce serait faux. Il est si plaisant d'entendre de saines évidences de façon si belles (le passage poignant où intervient Marilou est posté ci-dessous).

Le film ravira par sa photographie nostalgique de Paris tous ceux qui la vivent. Histoire de se rappeler que Paris n'a pas toujours ressemblé à un film de Cédric Klapisch. Il y a eu indubitablement chez moi un plaisir esthétique : ce film s'offre comme romantique, dans la retranscription de cette réalité chaude, de ces paysages un peu plus labiles, que l'on serait tenté de mythifier (le mythe des gens ordinaires). 
L'intérêt du documentaire réside surtout dans sa réflexivité : à la fin une projection est effectuée pour les intervenants, où ils peuvent se voir et ensuite commenter. Le film se questionne lui-même comme film. Ce retournement nous livre l'essence de cet exercice : soit on reproche aux protagonistes de n'être pas assez vrai (le cas d'Angelo, accusé de jouer), soit on leur reproche d'être trop vrai (c'est le cas de Marilou, accusée de reveler une intimité troublante, en dernier ressort repoussante). Alors, dit Morin, lorsque une personne décide d'être un peu plus sincère que dans la vie, on l'accuse d'être soit un acteur, soit un exhibitionniste.
Je pense que la réponse nous vient d'un autre intervenant : Marilou ne réciterait qu'au début, puis pris dans le flot du langage, elle finirait par se parler à elle-même. L'interlocuteur glacé qu'est l'intervieweur lui laisserait la place pour s'établir dans une sorte de psychanalyse. Comme une parole lacanienne : l'émergence de la vérité au décours du surgissement de la parole (maintenant, à tous les lacaniens de me tomber dessus).
Assurément l'objet échappe à ses réalisateurs : les deux discutant à la fin sur la question de savoir si le film a réussi, Edgar Morin fait la remarque que le documentaire n'a pas été accueilli comme il l'imaginait. Ces protagonistes qu'il trouve si vrai passent parfois pour des cabotins, et si le spectateur ne saisit pas leur sincérité, le film échoue dans sa prétention de cinéma-vérité. Mais qu'importe ? Ce retournement final le sauve à mon sens, et pose en réalité des interrogations bien plus fécondes.

A la fin, un intervenant signale que ce documentaire est vain car les protagonistes ne disent que des banalités. Cela est vrai, dans l'exercice filmique de déclamation les propos tenus se cristallisent parfois en des lieux communs. Moment de doute : nous serions-nous alors émus de banalités ?
En fait il me semble que ce qui nous touche est la décence de ces gens, et au final la décence de ces banalités. C'est moins la révolution qu'une volonté de décence commune, au sens d'Orwell, qui semble les habiter. En cela le documentaire est très frais. Un documentaire sur le mode de l'amical et non sur le mode du cynique, comme tous ces "documentaires" télévisuelles qui empoissent les gens dans leur réalité forcément minable (il suffit de regarder, au hasard, les tribulations hautement philosophiques de Confessions intimes).


Allez savoir pourquoi, en ce moment là, les mots terribles d'Aragon concluant la Valse des adieux (1972) me venaient en tête. Alors, je vous les écris ici dans un pur plaisir littéraire et pour finir de décourager les plus motivés qui, déjà rares, me lisent : "Ce qui me reste à vivre est trop court, j'en suis sûr, pour vous persuader de l'atroce nocivité qu'il y a dans l'esprit de contentement de soi et des autres. [...] Pour ma part, j'ai regardé en moi et j'ai vu le fond de l'abîme. Je ne vous dis rien d'autre dans ces jours où la beauté de l'automne risque de nous faire croire au printemps. Je ne vous dis rien d'autre qu'il faut savoir regarder en face le malheur, et ne pas le déguiser en son contraire. Je vous le dis à vous qui avez encore le temps de profiter de cette leçon de ma vie et de mes rêves. Je vous le dis, mêlant les rêves et la vie, pour mieux apprendre à les séparer ensuite. Parce que, dans la vie, il y a certes un dangereux quotient de rêves, mais dans les rêves aussi il faut savoir lire sa vie, voir plus loin qu'elle. Voir plus loin que soi.

Je sais d'expérience que c'est difficile, et que souvent cela fait mal. Mais si vous voulez qu'au moins en une chose je me vante, je vous dirai que, de cette vie gâchée qui fut la mienne, je garde pourtant un sujet d'orgueil: j'ai appris quand j'ai mal à ne pas crier.

Cela m'a beaucoup servi ces jours-ci."

jeudi 10 novembre 2011

Fantasme d'éphèbe

A quelques jours du Prix de Flore, il est intéressant de revenir sur le cas peu consensuel de Marien Defalvard, écrivain né en 1992 ayant remporté la récompense susnommée. On en a beaucoup parlé du fait des prises de position très marquées à l'égard du jeune romancier, par exemple celle de Jérôme Garcin. Mais surtout, c'est sa jeunesse qui embrase le débat.
Que l'on veuille ou non, c'est tout le mythe de l'éphèbe qui revient sous un nouveau visage. On active à nouveau la mythologie du génie, et on feint de ne pas considérer son âge. D'ailleurs il est fort à parier que s'il avait 10 ans de plus toute cette histoire aurait été différente, que jamais le terme de génie ne serait sorti.
Et on nous aurait évité ces discussions pénibles sur le style. On semble confondre volontiers le style avec une escalade verbeuse. Lautréamont aurait du style, Camus non. Il est navrant d'entendre pareilles bêtises après un siècle de littérature qui a fracturé la conception du style comme pure forme. Car j'évoquais déjà les bénéfices du Degré zéro de l'écriture sur l'évacuation du n'importe quoi, citons :
Quel que soit son raffinement, le style a toujours quelque chose de brut : il est une forme sans destination, il est le produit d'une poussée, non d'une intention, il est comme une dimension verticale et solitaire de la pensée.
Alors il ne faut pas tout confondre, le style comme posture n'est pas tenable. Certainement que Defalvard se complaît dans un mythe un peu désuet, prend des poses un peu romanesques. Ce qui fait croire à bien des gens qu'il parle bien français. Je ne reviendrai pas sur son passage chez Laurent Ruquier, que tout le monde a vu. C'est son droit, s'il veut faire revivre l'écriture proustienne, le détail flaubertien (ces adjectifs, mon Dieu, qu'on les brule). Qu'il le fasse, il restera un esthète. C'est un choix, narcissique, qui réclame fortement son désir de rétribution. Le langage est une prison, il faut faire attention avec ce qu'on y fait.
Sans s'en rendre compte, des gens qui disposent d'une qualité d'éditeur ont laché le mot de génie, avec toute sa charge bourgeoise. Associé à son visage de jeune poète trop vieux, se cachant derrière les adjectifs, les clichés affluent et la mythologie continue.
Beigbeder? Mon Dieu, on est déjà en train de le perdre...
Pourrait-on rapprocher son cas à celui de Minou Drouet, poétesse qui suscita des polémiques pour avoir écrit à 8 ans Arbre, mon ami il y a plus de 50 ans. L'indétrônable Barthes dans ses Mythologies (d'une actualité!) dénonçait une conception stupide, qui consiste à croire que la poésie " c'est une affaire de métaphore, et dont le contenu n'est rien de plus qu'une sorte de sentiment élégiaque bourgeois". Nous y sommes, dans ce sentiment élégiaque bourgeois, notamment dans la sinistre déclaration d'appartenance par Defalvard à la vieille droite littéraire. Plus loin Barthes fait référence au "mythe du génie, dont on ne peut décidément jamais venir à bout"; son problème est qu'il est une notion bourgeoise et capitaliste de la  littérature, et ce n'est pas rendre service à ce gamin que de l'enfermer dans ses lubies adolescentes.
C'est ce dont rend bien compte la notion toute bourgeoise d'enfant prodige (Mozart, Rimbaud, Roberto Benzi); objet admirable dans la mesure où il accomplit la fonction idéale de toute activité capitaliste : gagner du temps, réduire la durée humaine à un problème numératif d'instants précieux.
C'est dans cette économie que les gens qui n'ont jamais pris le temps d'écrire pensent voir le génie. Le génie est à l'inverse une histoire de patience. Mais cela la société en fait abstraction, elle glorifie la figure du génie pour en réalité la circonscrire. Une bonne fois pour toute :
Que la société ne se lamente pas hypocritement : c'est elle qui dévore Minou Drouet, c'est elle et d'elle seule que l'enfant est la victime. Victime propitiatoire sacrifiée pour que le monde soit clair, pour que la poésie, le génie et l'enfance, en un mot le désordre, soient apprivoisés à bon compte, et que la vraie révolte, lorsqu'elle paraît, trouve déjà la place prise dans les journaux, Minou Drouet est l'enfant martyr de l'adulte en mal de luxe poétique, c'est la séquestrée ou la kidnappée d'un ordre conformiste qui réduit la liberté au prodige.
Evidemment, Minou Drouet est Marien Devalfard.

samedi 5 novembre 2011

En route pour la Joie

Un type disait un jour que si tout le monde lisait Le degré zéro de l'écriture, tout le monde dirait moins de conneries. Hélas! la parole intellectuelle est destinée à crier dans le vide. Presque 60 ans après, les publicitaires continuent à rester sourds. Barthes serait inconsolable.
Peut-être que malgré les apparences matérialistes, nous vivons dans une période de précarité culturelle considérable. Peut-être pouvons nous la mesurer au poids du Naturel. Barthes écrivit dans R.B. par lui-même :
Le naturel n'est nullement un attribut de la Nature physique ; c'est l'alibi dont se pare une majorité sociale : le naturel est une légalité. D'où la nécessité critique de faire apparaître la loi sous ce naturel-là, et, selon le mot de Brecht, "sous la règle l'abus".
Il n'y a rien de plus oppressif que ce qui semble "aller de soi". Il y a parfois alors cette impression de vivre dans le bon sens. N'est-ce pas ainsi que la Doxa légitime notre système économique ? N'entend-on pas dire que, malgré la crise, c'est ça qui marche le mieux, on le sait. Il n'y aurait pas d'alternative, vu que le communisme a raté. C'est comme ça, on le sait.
A cet égard, la nouvelle publicité du Crédit Agricole ne croit pas si bien dire : "le bon sens a de l'avenir"!

Comme quoi, la pub ne dit pas toujours que des conneries...

Tiens, pour une fois que les publicitaires ont un discours lucide! Le bon sens c'est ce qui se porte bien, particulièrement lorsqu'il s'agit de faire du populisme. Barthes révélait dans le langage poujadien (langage populiste par excellence) l'élément de "bon sens" : préjugé rassurant qui exclut la différence. "L'altérité est le concept le plus antipathique au bon sens", écrivait-il dans ses Mythologies. On peut être sur que chaque fois  que le bon sens est sollicité, le Naturel accoure. On évacue alors sous le bon sens la possibilité pour la différence de s'expliquer. Parce que, c'est évident, ça ne marchera pas, on le sait.
Poujade : parole de l'anti-intellectualisme


Nous n'avons pas connu le communisme, nous sommes nés le Mur de Berlin tombé. Ce n'est pas ce que nous voulons. Ce que nous ne voulons plus, c'est ce discours endoxal qui consiste à légitimer le capitalisme pratiqué aujourd'hui par la nécessité d'un choix supposé binaire. Capitalisme/Communisme, l'un tombe à l'eau. Il n'en reste plus qu'un.
Alors si l'on est sérieux, ou pragmatique (mot très vanté par la pensée dominante), on militerait pour le Capitalisme. Cela parait une évidence, cela parait naturel, et réfléchir autrement ne fera de vous qu'un doux rêveur (personne forcément marginalisée par le bon sens : le rêve étant une "vision non comptable des choses"). Mais pensez : sous la règle l'abus.


En suivant les mots de Barthes, il faudrait ouvrir notre monde, bien fermé sur ses égalités computables, par une dialectique. Autrement, le bon sens aura en effet de l'avenir.

lundi 22 août 2011

Trop de Gainsbourg, pas assez de Bashung

La vie au ranch est une comédie dramatique française réalisée par Sophie Letourneur en 2009 et sortie l'année suivante. En l'occurrence le premier film de cette dame, qui prétend cerner la vacuité d'une jeunesse parisienne.
Le synopsis avait tout pour me repousser, sans parler de la bande-annonce qui laissait présager un film construit sur des clichés rétrogrades sur ce que doit être un jeune étudiant aujourd'hui.
C'était donc le film que je me plaisais d'avance à détester. Le visionnnage m'aura donné raison.

C'est pêle-mêle l'histoire de quelques jeunes étudiants parisiens peu dégourdis que la caméra essaye de rendre sympathique. Filmant un quotidien bruyant et inutile, la réalisatrice pense peindre un portrait à vif d'une jeunesse qui ne supporte plus la solitude et se confond vainement dans les soirées parisiennes, comme ces filles qui se confondent sur le canapé du ranch.

Et la vie en dehors, c'est comment ?

Assez étrangement, la critique est majoritairement tolérante voire commode avec cette comédie. Autant le dire, je ne pense pas que le film soit vraiment mauvais, pour un premier exercice il pourrait même être attachant. Sarah-Jane Sauvegrain se montre sous des facettes vraiment peu commodes (les réveils difficiles) avec une honnêteté respectable, et certaines vannes sont bien senties (ce qui n'est pas donné à tout le monde). C'est plutôt une certaine idée de la jeunesse habitant le film qui me pose problème. Je peux comprendre que l'on veuille mettre en scène l'étudiant lambda à la Sorbonne et son quotidien destructuré, la volonté de dessiner dans cette vacuité bruyante la solitude des coeurs, mais comment ne pas être irrité devant ce parisianisme affiché?

Les dialogues sentant bon l'autocomplaisance de l'enfant gâté, regorgent de tics de langage pénibles. Dans La vie au ranch, le jeune ne peut s'exprimer correctement parce que cela ne correspondrait pas à sa condition de jeune (à noter la répétition virale de l'adjectif vachement, de l'adverbe juste, parce que, ouai, tu comprends, on est des jeunes et on s'en fout quoi), à l'exception de l'insipide fan de cinéma asiatique. Lui, il est ennuyeux, alors il fait l'économie de toutes les manières de ses petits copains.
Le film ne parle pas le langage des jeunes -s'il existe-, mais plutôt le langage du journaliste chez Cosmopolitain : le djeun's. Tiens, ce franglais macabre, si je l'attrape...

Parce que je ne me reconnais pas dans ce portrait là, je ne peux légitimer un long métrage qui, à défaut de se chercher une raison d'être, s'empêtre de stéréotypes gênants. D'autant plus si la critique se montre indulgente, supposant qu'elle accepte la vérité du film.
Construit sur la thématique adolescente de l'amour et de l'amitié, La vie au ranch fait beaucoup de bruit pour rien. Le film reste moyennement ennuyeux et avance laborieusement en enchevêtrant des difficultés relationnelles grotesques entre les protagonistes. On n'y retient pas grand chose, si ce n'est que ce sont des jeunes qui vont au Baron mais qui sont à gauche (et le font remarquer), comme des journalistes de chez Marianne (hop, dans ton cul!).


"Je suis alone in my room"
  
Ils ont des copains musiciens (le sinistre Benjamin Siksou, qui selon Wikipedia opère dans un registre jazz-blues, or il serait temps de se rappeler que la jeunesse dorée, ce n'est pas très blues) et font dans l'ensemble des études de lettre ou d'art, mais aucun n'est capable de faire preuve d'un tant soit peu de finesse dans la pensée comme dans l'action. Ces gens-là vraiment, beaucoup de bruit pour rien.



Avec un twist final loin de la ville, suggérant lourdement que loin du vacarme le groupe d'amies peine à trouver de quoi créer une cohésion, on s'ennuie du manque d'audace de la réalisatrice. Il y a des façons plus subtiles pour filmer la précarité sentimentale et financière des jeunes (pour un premier essai, Diner de Barry Levinson était autrement plus intelligent).
Encore une fois, que ce grabuge juvénile se révèle n'être qu'un bruit blanc se dressant comme un mur de solitude entre les gens est un thème riche et commun. Mais évacuer toute épaisseur sous couvert de poncifs sur le djeun's est malhonnête. En fait, il est fort à parier que ce long métrage ne plaise qu'aux gens qui se dupent volontiers de ce tableau sinistre. Au final, cette jeunesse est à l'image du film, trop lourdement démonstrative pour être sincère.

jeudi 11 août 2011

Violent comme un roman

Le suivant billet est une réaction à un Focus publié par le très pertinent webzine Inside Rock, s'intitulant "Ci-gît la presse musicale... et maintenant?" qui amène une réflexion sur l'avenir des hebdomadaires musicaux, particulièrement ceux traitant du rock.


L’article est non seulement bien écrit mais aussi très pertinent. Je partage évidemment les positions de l’auteur, NonooStar. 
Notons que le mois prochain sort le dernier numéro d’un mensuel iconique du vidéoludisme français, Joypad. 
Il est très probable que la presse culturelle ciblant une culture jeune (avec tous les amalgames que cette appellation peut porter sur elle) suivra la même destinée. Bien que la presse musicale, volontiers plus vétérane, semble être économiquement plus recuite. 


Comme largement indiqué dans l’article, l’apparition de supports internet qui ont su se remettre en question et exploiter les avantages de leur syntaxe ont mis à mort la presse écrite. 
Il me semble notamment que la réaction de Patrick Eudeline (qui est du moins une étrange créature, sinon une sorte de diva de la critique rock) ou de Beauvallet est symptomatique d’un système usé qui se sent agresser. 
La défense qui consiste à vanter un savoir-faire (lequel ?) dont les critiques de la presse écrite jouiraient contrairement aux bloggeurs (et pourquoi ?) est en réalité un argument d’une banalité quelconque, largement révélateur de leur faiblesse. 
Renier la presse en ligne n’est qu’une tentative désespérée d’exorciser ce qu’ils ne comprennent plus -ou ce qu’ils refusent de comprendre-. 
Eudeline qui se voit comme un Keith Richards français n’a rien d'un pirate, mais tout d’un capitaliste réfractaire à une révolution informatique qui a déjà eu lieu (mais ça, il ne le sait pas). 

A un certain stade, il est même étrange que les mensuels soient si réticents à revoir leur ligne éditoriale. Pourquoi ne pas mêler à la musique des sujets transversaux pour enrichir le propos et offrir des points de vue pertinents aux lecteurs ; en somme, leur proposer finalement un matériau inédit ? 

La critique musicale au sens strict a perdu sa valeur-ajoutée, et reste somme toute piteusement traitée dans les colonnes des magazines (comment Beauvallet peut –il même dire que " beaucoup de blogs musicaux ont dévoilé des critiques sans bagage, sans distance, sans vision" , à la manière des émissions de téléréalité, selon sa propre comparaison, alors que la presse écrite griffonne sur un ticket de métro "l'inévitable palanquée de critiques où les albums sont jugés en quelques dizaines de mots", comme l’écrit Nonoostar ?). 
Alors pourquoi ne pas jeter des ponts entre la musique et la sociologie, la musique et l’histoire (et en finir avec l’histoire du rock, merde !) ou encore la musique et la philosophie ?





Rock&Folk se repose sur son fond de commerce de toujours : la mythologie rock. Dans un pastiche éternel, le mensuel réécrit les mêmes frasques encore et encore (le mois dernier, c’était des récits inédits de Led Zeppelin. Mais franchement, qui ça intéresse encore aujourd’hui ?). 
Et l’ensemble du magazine est écrit comme ça, alternant les rock stories caduques et des interviews d’une vacuité variable, en reproduisant tous les tics de la critique rock (à cet égard, l'interview d'Inside Rock de Laurent Chalumeau, ancien de chez R&F, est remarquable). 
A l’opposé, les Inrocks ont probablement essayé de revoir leur formule et de jeter des ponts entre les matières. Néanmoins, c’est fait dans un tel esprit de sérieux et d’ostentation, qu’il n’est bon qu’à être lu par des esthètes juvéniles du quartier latin en mal de reconnaissance sociale. * 

Celui même qui étale sa lecture de Lautréamont, cite systématiquement Brazil, et aime écouter Siouxie seul en buvant du vin (si, si, ça existe), ne rechigne pas devant une petite lecture des inrocks. 
C’est caricatural et fantasmé? Evidemment. Mais voilà la vision que j’en ai, et malgré tout (et il ne faut pas oublier ceci), on ne peut lire, et de fait, devenir fidèle qu’à un support dans lequel on se reconnait. 

Car le langage n’est jamais neutre, et on se prend de sympathie pour un support que si l’on partage une partie du langage, donc une vision du monde commune. 

__________________________________ 

*Probablement des hipsters, ce regroupement social d’esthètes (mais si, c’est ce qu’ils croeint !) qui se gargarisent de partager une culture élitiste, qui est en réalité tellement prévisible. A cet égard, lire l’article "hipster" de Wikipedia pour se persuader de leur prétention naïve.

jeudi 14 juillet 2011

Haenel le rebelle (si, si)

Au rayon potiche de la littérature, je cite Haenel. En parcourant les inrocks de juillet (promis c’est mon frère qui l’a acheté), je tombe sur ces interviews parfaitement inutiles aux questions improbables (et c’est certainement ça qui font tout leur snobisme, quelque chose comme une pure dépense absurde).

Et voilà notre vilain canard, Yannick Haenel. Mais qu’est-ce qu’il nous dit Hanael? Eh bien rien. Si ce n’est qu’à la question « des écrivains qu'il aurait voulu rencontrer », il répond Georges Bataille parmi les morts, et Bob Dylan parmi les vivants. Franchement qui s’étonne encore de ces références hier transgressives, aujourd’hui galvaudées ?
Mazette, prenez un peu de risque! Aujourd’hui je préfère rencontrer Stallone plutôt que Dylan, c’est plus neuf et moins fantasmé. Puis, ça évite de véhiculer des idéaux littéraires à son propre compte (et ça, c’est mesquin et c’est bourgeois).



Toujours en est-il que lorsqu’on lui demande quel livre il ne lira jamais, il répond cette fois très sur de lui : ceux de Pierre Jourde. Déjà c’est une réaction d’enfant, parce que Jourde avait remarqué en lui le petit gosse gâteux  qui fantasme de postures de poète, de poses langoureuses d’écrivain maudit. Alors là, non, il ne ratera pas son occasion : une crotte de nez pour Jourde (c’est vrai que c’est malin).
Ensuite, ça lui ferait du bien de lire un peu Littérature et Authenticité (L'Harmattan, 2001) du même Jourde. Il comprendra qu’on ne peut dire je sans tomber dans des platitudes narcissiques, ce qu’il fait d’ailleurs avec complaisance.


Alors qu’est-ce qu’on en retient ? Rien encore. Si ce n'est que si Haenel ne va pas lire du Jourde c’est son droit le plus strict, mais ma foi, faut pas s’étonner de rester con derrière. Nous, on continuera à le lire, et à travers ces mots comprendre un peu mieux le néant qui nous remplit (mais oui, rien que ça !).

vendredi 6 mai 2011

Lady Gaga est une connasse

Voilà, c'est fait.
J'écris cet article dans un simple but de bien public, en effet, je me suis longtemps étonné de rien trouver lorsque je tapais sur google "lady gaga connasse" (oui, je tape ça sur google). Surprise, cette dénomination accolée a cet adjectif ne provoquait aucun résultat. Pire, une pluie d'éloges sirupeuses et stupides (c'est que Pierre Jourde a raison lorsqu'il dit que nous vivons l'ère de la promotion universelle où tout le monde dit du bien de tout le monde. On n'accepte plus la critique, forcément négative).

Or, il faut rappeler une vérité bien établie : Lady Gaga est une connasse. Oui mais pourquoi ? Parce que. L'argumentation est imparable, vous verrez.
Personnellement, je juge que l'individu lambda, après une journée d'humiliations et de frustrations, puissent rentrer chez lui en entendant que les contrôleurs sont des fachos et que Lady Gaga est une connasse. Sinon, il n'y a pas de justice.
Et puis, pour pas faire les types totalement fermés d'esprit, on va quand même amener ce poste sur le terrain (certes glissant) de le meta-argumentation (c'est à dire une forme d'argumentation abstraite, qui permet toujours d'insulter gratuitement. Quand même). Parce que moi ce qui m'a toujours étonné, c'est que face à ces chanteurs éphèmères à la gloire fulgurante, il y a toujours un public crétin plein d'amour adolescent qui cherche ce qui ressemble de près ou de loin à un semblant d'icône (dans le cas de Lady Gaga, un résidu de sperme d'icône. Oui c'est une blague grasse, oui c'est une blague de merde, mais elle me fait rire).

Par exemple, on s'étonnera d'articles abusivements étoffés, souvent sur Wikipedia, à propos d'artistes avec deux ans de carrière à leur actif. Avec cette obsession des périodes et des phases, distinctes dans le temps, comme une belle fiction toute lisse. Par exemple, on peut dire que des figures comme Bowie ou Dylan ont connu plusieurs périodes artistiques sur 40 ans de carrière. Mais voyons, sur 18 mois de carrière illégitime (parce que du Rebecca Black sans ses producteurs milliardaires et c'est parti pour la gastro), qu'est-ce que vous voulez raconter ?
Eh bien il y a toujours des gens qui trouvent le moyen de faire tenir 18 mois sur des pages et des pages.

Toujours une façon de se raconter une histoire. Puis il faut lire l'article Wikipedia de Gaga, insignifiant au possible, où on apprend que la mode c'est "tout" pour elle (eh bah dis donc...), qu'elle surnomme ses fans "littles monsters" (ah, qu'est-ce qu'on se pince les burnes !) et qu'elle a un tatouge pas loin du fion qui cite le poète Rainer Maria Rilke (tro underground kwa), inscrivant« Dans les heures les plus profondes la nuit, faites-vous cet aveu : devriez-vous mourir s’il vous était interdit d’écrire. Et regardez au plus profond de votre cœur, où il déploie ses racines, la réponse, et demandez-vous, dois-je écrire ? » (put1, tro profon). 


C'est pour nous, pour une idée de l'équité sociale, pour une industrie musicale qui se renouvelle, contre notre société de flagornerie chronique, contre le public stupide qui accepte tous les semblants d'icône pour verser leur amour barbapapa/hello kitty/blackberry, que j'écris : Lady Gaga est une connasse.
Maintenant, lorsque vous écrirez cela dans google, vous trouverez une main tendue. Alea jacta est.










    dimanche 27 mars 2011

    Dreams Never End

    En mai 1980,  par la mort de Ian Curtis, le groupe Joy Division se libère d’une voix trop grave et donc forcément insoutenable. De cette allègement, naitra New Order, groupe existant par une contingence (une mélancolie, déjà).
    Le but n’est pas de faire une critique ni un article, mais seulement d’essayer d’offrir des points de fuite à la question suivante : Qu’est-ce qui rend la musique de New Order si touchante ?
    (point de fuite : point imaginaire destiné à aider le dessinateur  à construire son œuvre en perspective. Une chanson de New Order ne s’appelle-t-elle pas Vanishing point, point de fuite ?)
    Pour rester dans le domaine de la représentation : qu’est-ce qui rend l’image de New Order si attrayante ?

    Je lisais que la musique de New Order était d’une mélancolie solaire. Je trouve cela (évidemment) juste, mais au fond ce n’est peut-être qu’une redondance. La mélancolie est un sentiment solaire, printanier (le printemps est la saison où la nature fleurit à nouveau, les rancunes et les regrets aussi). Bernard Sumner ne semble chanter qu’au mois d’avril (on a accolé ce pléonasme de mélancolie solaire à Marc Lavoine, mais là, je ne sais pas pourquoi, on y croit moins).

    Si on écoute Joy Division en hiver, New Order prend le relais la saison suivante.
    (La pochette de la compilation Substance de Joy Division est noire, Substance de New Order est blanche – de toute façon des non-couleurs, autrement dit des contrastes forts)
    Le thème des textes est toujours un peu banal, parfois un peu hasardeux (une discussion entre les membres pourrait être : « Pourquoi tu as  écrit ça? » « Je ne sais, je n’avais pas d’idée »). Au point qu’il est difficile de parler de thème. L’écriture semble être l’impulsion d’un bout de phrase, d'une tournure de mots commune.
    Quoi de plus banal et mélancolique que la ligne « you get these words wrong » de Leave me Alone qui tourne en boucle,  du « the picture you see is no portrait of me » de Round & Round et du « every time I see you fallin’, I get on my knees and pray » du presque disco Bizarre Love Triangle ?
    Ces titres, qui sont, en réalité, de trois albums différents ont ceci en commun : ils sont composés de bribes de phrases que nous nous sommes tous dits peut-être un jour, ce langage polyphonique qui parle sans cesse en nous.
    (Gustave Bachelard : « je suis seul, donc nous sommes quatre »)
    Or le langage que nous parlons est un langage que nous avons entendu un jour, puis au fil du temps, condensé et approprié (comme s’il venait de nous).  
    En somme, ce langage qu’ils parlent nous est familier, parce qu’il semble que nous l’avons déjà entendu quelque part, notamment en nous.
    (Toute écriture nait du langage existant en nous, évidemment, mais ce qui est difficile est justement de la mettre en ordre, de mettre en accord les voix. Chez New Order on a l’air de s’en ficher un peu)

    Sooner than you think est un exemple assez caractéristique à mes yeux de la musique de New Order, au détour d'un alibi (celui de raconter une histoire triviale : une bagarre dans une soirée), elle semble écrire la polyphonie qui s’enchevêtre en nous : Bernard Sumner passe d’un sujet à un autre, le tout dans un ton banal et désinvolte. Or, quoi de plus désinvolte (schizophrénique) que les voix qui parlent en nous ?
    A cette règle d'écriture échappe leur premier album Movement (1981), qui est vraisemblablement encore irradié par l’univers de Joy Division, et les albums suivants Technique (1990), qui sont tout de même assez grossiers (on est rebelle sur ce blog).

    D’ailleurs le nom des titres n’a généralement que peu de lien avec la chanson qu’elle nomme, ils sont choisis aussi d’une manière hasardeuse (parfois des noms de film :  Thieves Like Us, Power, Corruption & Lies ). Le nom des albums est d'un laconisme sobre, un peu intellectuel : Brotherhood (1986), Substance (1987), Republic (1993).


    Au final, par une subtile gestion de l’image du groupe, New Order restera ce groupe qu’on voit peu, qui s’efface. Cette attitude qui pourrait sembler un peu intellectuelle (les groupes se glosant de ne pas faire le jeu médiatique sont en fait très mondains dans l’attitude : la revendication de la non-image tourne en image : esthétique de la négation – toujours facile -), New Order réussit à la faire tenir sur ce point tenu, vertigineux, où le sens ne prend pas encore.
    Il neutralise leur non-image, au point que rien ne semble tourner à l’égocentrisme : figure de l’image pure. Il n’y à que ça,  que cette image, plus rien au delà. Le groupe semble s’effacer derrière cette surface et cette polyphonie.
    (Andy Warhol : « If you want to know all about Andy Warhol, just look at the surface of my paintings and films and me, and there I am. There's nothing behind it. »)
    N’apparaissant pas, il ne subsiste que cette image pure, le sentiment de banalité peut circuler tranquillement. En ajoutant, que le groupe semble parfois maladroit (Sumner a une voix en apparence peu séduisante, leurs postures live sont sobres, timides).
    Finalement, tout le monde pourrait se confondre dans ces chansons, qui laisse beaucoup d’espace à l’auditeur (qui s’est retrouvé dans les chansons des Rolling Stones ? Jagger , phallocrate de premier ordre, laisse de l’espace ?).
    L’esthétique de New Order, comme tous les groupes de la Factory, pourraient faire l’objet d’un livre, tellement elle importe dans la valeur artistique du groupe, et semble faire preuve d’un travail fouillé.






    mercredi 2 mars 2011

    Dieu a toujours été un grand rigolo

    Ce message n'a d'autre objet que celui d'annoncer le commencement d'un blog. La démarche semble un tantinet prophétique, mais il faut bien jeter la pierre sur laquelle se fonder. Et s'il est ennuyeux c'est tant mieux : c'est le mal nécessaire.
    Ce blog, toujours aussi vastement, n'a d'autre but que de faire l'expérience du gâchis du langage (car, comme Barthes nous l'a enseigné, le langage est certes partout, mais il reste médiocre, général : "le gâchis du langage : cette région d'affolement où le langage est à la fois trop et trop peu, excessif et pauvre").

    Derrière un grand principe (c'est toujours pratique), nous nous permettons ici, le temps d'une lecture, de passer d'un sujet à un autre, et pourquoi pas, d'une réalité à une autre. De toute façon, il ne s'agit que de gâcher (d'où l'utilité du grand principe pour masquer la vacuité de la démarche, ou peut-être mieux : pour masquer le désir égocentrique de rétribution qui fonde toute écriture).

    Vous l'aurez compris, il s'agit de faire croire que nous sommes des gens sérieux.