Un type disait un jour que si tout le monde lisait Le degré zéro de l'écriture, tout le monde dirait moins de conneries. Hélas! la parole intellectuelle est destinée à crier dans le vide. Presque 60 ans après, les publicitaires continuent à rester sourds. Barthes serait inconsolable.
Peut-être que malgré les apparences matérialistes, nous vivons dans une période de précarité culturelle considérable. Peut-être pouvons nous la mesurer au poids du Naturel. Barthes écrivit dans R.B. par lui-même :
Le naturel n'est nullement un attribut de la Nature physique ; c'est l'alibi dont se pare une majorité sociale : le naturel est une légalité. D'où la nécessité critique de faire apparaître la loi sous ce naturel-là, et, selon le mot de Brecht, "sous la règle l'abus".
Il n'y a rien de plus oppressif que ce qui semble "aller de soi". Il y a parfois alors cette impression de vivre dans le bon sens. N'est-ce pas ainsi que la Doxa légitime notre système économique ? N'entend-on pas dire que, malgré la crise, c'est ça qui marche le mieux, on le sait. Il n'y aurait pas d'alternative, vu que le communisme a raté. C'est comme ça, on le sait.
A cet égard, la nouvelle publicité du Crédit Agricole ne croit pas si bien dire : "le bon sens a de l'avenir"!
| Comme quoi, la pub ne dit pas toujours que des conneries... |
Tiens, pour une fois que les publicitaires ont un discours lucide! Le bon sens c'est ce qui se porte bien, particulièrement lorsqu'il s'agit de faire du populisme. Barthes révélait dans le langage poujadien (langage populiste par excellence) l'élément de "bon sens" : préjugé rassurant qui exclut la différence. "L'altérité est le concept le plus antipathique au bon sens", écrivait-il dans ses Mythologies. On peut être sur que chaque fois que le bon sens est sollicité, le Naturel accoure. On évacue alors sous le bon sens la possibilité pour la différence de s'expliquer. Parce que, c'est évident, ça ne marchera pas, on le sait.
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| Poujade : parole de l'anti-intellectualisme |
Nous n'avons pas connu le communisme, nous sommes nés le Mur de Berlin tombé. Ce n'est pas ce que nous voulons. Ce que nous ne voulons plus, c'est ce discours endoxal qui consiste à légitimer le capitalisme pratiqué aujourd'hui par la nécessité d'un choix supposé binaire. Capitalisme/Communisme, l'un tombe à l'eau. Il n'en reste plus qu'un.
Alors si l'on est sérieux, ou pragmatique (mot très vanté par la pensée dominante), on militerait pour le Capitalisme. Cela parait une évidence, cela parait naturel, et réfléchir autrement ne fera de vous qu'un doux rêveur (personne forcément marginalisée par le bon sens : le rêve étant une "vision non comptable des choses"). Mais pensez : sous la règle l'abus.
En suivant les mots de Barthes, il faudrait ouvrir notre monde, bien fermé sur ses égalités computables, par une dialectique. Autrement, le bon sens aura en effet de l'avenir.

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