Le suivant billet est une réaction à un Focus publié par le très pertinent webzine Inside Rock, s'intitulant "Ci-gît la presse musicale... et maintenant?" qui amène une réflexion sur l'avenir des hebdomadaires musicaux, particulièrement ceux traitant du rock.
L’article est non seulement bien écrit mais aussi très pertinent. Je partage évidemment les positions de l’auteur, NonooStar.
Notons que le mois prochain sort le dernier numéro d’un mensuel iconique du vidéoludisme français, Joypad.
Il est très probable que la presse culturelle ciblant une culture jeune (avec tous les amalgames que cette appellation peut porter sur elle) suivra la même destinée. Bien que la presse musicale, volontiers plus vétérane, semble être économiquement plus recuite.
Comme largement indiqué dans l’article, l’apparition de supports internet qui ont su se remettre en question et exploiter les avantages de leur syntaxe ont mis à mort la presse écrite.
Il me semble notamment que la réaction de Patrick Eudeline (qui est du moins une étrange créature, sinon une sorte de diva de la critique rock) ou de Beauvallet est symptomatique d’un système usé qui se sent agresser.
La défense qui consiste à vanter un savoir-faire (lequel ?) dont les critiques de la presse écrite jouiraient contrairement aux bloggeurs (et pourquoi ?) est en réalité un argument d’une banalité quelconque, largement révélateur de leur faiblesse.
Renier la presse en ligne n’est qu’une tentative désespérée d’exorciser ce qu’ils ne comprennent plus -ou ce qu’ils refusent de comprendre-.
Eudeline qui se voit comme un Keith Richards français n’a rien d'un pirate, mais tout d’un capitaliste réfractaire à une révolution informatique qui a déjà eu lieu (mais ça, il ne le sait pas).
A un certain stade, il est même étrange que les mensuels soient si réticents à revoir leur ligne éditoriale. Pourquoi ne pas mêler à la musique des sujets transversaux pour enrichir le propos et offrir des points de vue pertinents aux lecteurs ; en somme, leur proposer finalement un matériau inédit ?
La critique musicale au sens strict a perdu sa valeur-ajoutée, et reste somme toute piteusement traitée dans les colonnes des magazines (comment Beauvallet peut –il même dire que " beaucoup de blogs musicaux ont dévoilé des critiques sans bagage, sans distance, sans vision" , à la manière des émissions de téléréalité, selon sa propre comparaison, alors que la presse écrite griffonne sur un ticket de métro "l'inévitable palanquée de critiques où les albums sont jugés en quelques dizaines de mots", comme l’écrit Nonoostar ?).
Alors pourquoi ne pas jeter des ponts entre la musique et la sociologie, la musique et l’histoire (et en finir avec l’histoire du rock, merde !) ou encore la musique et la philosophie ?
Rock&Folk se repose sur son fond de commerce de toujours : la mythologie rock. Dans un pastiche éternel, le mensuel réécrit les mêmes frasques encore et encore (le mois dernier, c’était des récits inédits de Led Zeppelin. Mais franchement, qui ça intéresse encore aujourd’hui ?).
Et l’ensemble du magazine est écrit comme ça, alternant les rock stories caduques et des interviews d’une vacuité variable, en reproduisant tous les tics de la critique rock (à cet égard, l'interview d'Inside Rock de Laurent Chalumeau, ancien de chez R&F, est remarquable).
A l’opposé, les Inrocks ont probablement essayé de revoir leur formule et de jeter des ponts entre les matières. Néanmoins, c’est fait dans un tel esprit de sérieux et d’ostentation, qu’il n’est bon qu’à être lu par des esthètes juvéniles du quartier latin en mal de reconnaissance sociale. *
Celui même qui étale sa lecture de Lautréamont, cite systématiquement Brazil, et aime écouter Siouxie seul en buvant du vin (si, si, ça existe), ne rechigne pas devant une petite lecture des inrocks.
C’est caricatural et fantasmé? Evidemment. Mais voilà la vision que j’en ai, et malgré tout (et il ne faut pas oublier ceci), on ne peut lire, et de fait, devenir fidèle qu’à un support dans lequel on se reconnait.
Car le langage n’est jamais neutre, et on se prend de sympathie pour un support que si l’on partage une partie du langage, donc une vision du monde commune.
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*Probablement des hipsters, ce regroupement social d’esthètes (mais si, c’est ce qu’ils croeint !) qui se gargarisent de partager une culture élitiste, qui est en réalité tellement prévisible. A cet égard, lire l’article "hipster" de Wikipedia pour se persuader de leur prétention naïve.
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RépondreSupprimerEl Marqués a dit…
RépondreSupprimerEt bein mon vieux rocker tu te trompes cette fois-ci. Parler du nouveau n'implique pas exclure l'ancien. Et non.
Raconter les Led Zeppelin c'est pas forcement arriéré, surtout quand on demande de le faire à des gens qui savent écrire (je me rappelle de l'histoire des Ramones conté par V. Despentes).
C'est un peu comme le foot je peux m'extasier face à un passage de Xavi, mais cela m'empêche que j'aime bien voir et revoir Beckenbauer (dont d'ailleurs j'ai un poster derrière mon bureau). Parce que à l'époque j'y étais pas, parce c'était légendaire.
Maradona, Beckenbauer, Curyff, sont tous devenus des légendes. Et leurs vies du conte de fées.
Les contes de fée les humains on adore ça. D'ailleurs on raconte les mêmes depuis des siècles et on pourtant on s'est pas encore ennuyés.
PS.: Cela étant dit c'est vrai R&F commet une grave erreur en délaissant le net.