lundi 22 août 2011

Trop de Gainsbourg, pas assez de Bashung

La vie au ranch est une comédie dramatique française réalisée par Sophie Letourneur en 2009 et sortie l'année suivante. En l'occurrence le premier film de cette dame, qui prétend cerner la vacuité d'une jeunesse parisienne.
Le synopsis avait tout pour me repousser, sans parler de la bande-annonce qui laissait présager un film construit sur des clichés rétrogrades sur ce que doit être un jeune étudiant aujourd'hui.
C'était donc le film que je me plaisais d'avance à détester. Le visionnnage m'aura donné raison.

C'est pêle-mêle l'histoire de quelques jeunes étudiants parisiens peu dégourdis que la caméra essaye de rendre sympathique. Filmant un quotidien bruyant et inutile, la réalisatrice pense peindre un portrait à vif d'une jeunesse qui ne supporte plus la solitude et se confond vainement dans les soirées parisiennes, comme ces filles qui se confondent sur le canapé du ranch.

Et la vie en dehors, c'est comment ?

Assez étrangement, la critique est majoritairement tolérante voire commode avec cette comédie. Autant le dire, je ne pense pas que le film soit vraiment mauvais, pour un premier exercice il pourrait même être attachant. Sarah-Jane Sauvegrain se montre sous des facettes vraiment peu commodes (les réveils difficiles) avec une honnêteté respectable, et certaines vannes sont bien senties (ce qui n'est pas donné à tout le monde). C'est plutôt une certaine idée de la jeunesse habitant le film qui me pose problème. Je peux comprendre que l'on veuille mettre en scène l'étudiant lambda à la Sorbonne et son quotidien destructuré, la volonté de dessiner dans cette vacuité bruyante la solitude des coeurs, mais comment ne pas être irrité devant ce parisianisme affiché?

Les dialogues sentant bon l'autocomplaisance de l'enfant gâté, regorgent de tics de langage pénibles. Dans La vie au ranch, le jeune ne peut s'exprimer correctement parce que cela ne correspondrait pas à sa condition de jeune (à noter la répétition virale de l'adjectif vachement, de l'adverbe juste, parce que, ouai, tu comprends, on est des jeunes et on s'en fout quoi), à l'exception de l'insipide fan de cinéma asiatique. Lui, il est ennuyeux, alors il fait l'économie de toutes les manières de ses petits copains.
Le film ne parle pas le langage des jeunes -s'il existe-, mais plutôt le langage du journaliste chez Cosmopolitain : le djeun's. Tiens, ce franglais macabre, si je l'attrape...

Parce que je ne me reconnais pas dans ce portrait là, je ne peux légitimer un long métrage qui, à défaut de se chercher une raison d'être, s'empêtre de stéréotypes gênants. D'autant plus si la critique se montre indulgente, supposant qu'elle accepte la vérité du film.
Construit sur la thématique adolescente de l'amour et de l'amitié, La vie au ranch fait beaucoup de bruit pour rien. Le film reste moyennement ennuyeux et avance laborieusement en enchevêtrant des difficultés relationnelles grotesques entre les protagonistes. On n'y retient pas grand chose, si ce n'est que ce sont des jeunes qui vont au Baron mais qui sont à gauche (et le font remarquer), comme des journalistes de chez Marianne (hop, dans ton cul!).


"Je suis alone in my room"
  
Ils ont des copains musiciens (le sinistre Benjamin Siksou, qui selon Wikipedia opère dans un registre jazz-blues, or il serait temps de se rappeler que la jeunesse dorée, ce n'est pas très blues) et font dans l'ensemble des études de lettre ou d'art, mais aucun n'est capable de faire preuve d'un tant soit peu de finesse dans la pensée comme dans l'action. Ces gens-là vraiment, beaucoup de bruit pour rien.



Avec un twist final loin de la ville, suggérant lourdement que loin du vacarme le groupe d'amies peine à trouver de quoi créer une cohésion, on s'ennuie du manque d'audace de la réalisatrice. Il y a des façons plus subtiles pour filmer la précarité sentimentale et financière des jeunes (pour un premier essai, Diner de Barry Levinson était autrement plus intelligent).
Encore une fois, que ce grabuge juvénile se révèle n'être qu'un bruit blanc se dressant comme un mur de solitude entre les gens est un thème riche et commun. Mais évacuer toute épaisseur sous couvert de poncifs sur le djeun's est malhonnête. En fait, il est fort à parier que ce long métrage ne plaise qu'aux gens qui se dupent volontiers de ce tableau sinistre. Au final, cette jeunesse est à l'image du film, trop lourdement démonstrative pour être sincère.

jeudi 11 août 2011

Violent comme un roman

Le suivant billet est une réaction à un Focus publié par le très pertinent webzine Inside Rock, s'intitulant "Ci-gît la presse musicale... et maintenant?" qui amène une réflexion sur l'avenir des hebdomadaires musicaux, particulièrement ceux traitant du rock.


L’article est non seulement bien écrit mais aussi très pertinent. Je partage évidemment les positions de l’auteur, NonooStar. 
Notons que le mois prochain sort le dernier numéro d’un mensuel iconique du vidéoludisme français, Joypad. 
Il est très probable que la presse culturelle ciblant une culture jeune (avec tous les amalgames que cette appellation peut porter sur elle) suivra la même destinée. Bien que la presse musicale, volontiers plus vétérane, semble être économiquement plus recuite. 


Comme largement indiqué dans l’article, l’apparition de supports internet qui ont su se remettre en question et exploiter les avantages de leur syntaxe ont mis à mort la presse écrite. 
Il me semble notamment que la réaction de Patrick Eudeline (qui est du moins une étrange créature, sinon une sorte de diva de la critique rock) ou de Beauvallet est symptomatique d’un système usé qui se sent agresser. 
La défense qui consiste à vanter un savoir-faire (lequel ?) dont les critiques de la presse écrite jouiraient contrairement aux bloggeurs (et pourquoi ?) est en réalité un argument d’une banalité quelconque, largement révélateur de leur faiblesse. 
Renier la presse en ligne n’est qu’une tentative désespérée d’exorciser ce qu’ils ne comprennent plus -ou ce qu’ils refusent de comprendre-. 
Eudeline qui se voit comme un Keith Richards français n’a rien d'un pirate, mais tout d’un capitaliste réfractaire à une révolution informatique qui a déjà eu lieu (mais ça, il ne le sait pas). 

A un certain stade, il est même étrange que les mensuels soient si réticents à revoir leur ligne éditoriale. Pourquoi ne pas mêler à la musique des sujets transversaux pour enrichir le propos et offrir des points de vue pertinents aux lecteurs ; en somme, leur proposer finalement un matériau inédit ? 

La critique musicale au sens strict a perdu sa valeur-ajoutée, et reste somme toute piteusement traitée dans les colonnes des magazines (comment Beauvallet peut –il même dire que " beaucoup de blogs musicaux ont dévoilé des critiques sans bagage, sans distance, sans vision" , à la manière des émissions de téléréalité, selon sa propre comparaison, alors que la presse écrite griffonne sur un ticket de métro "l'inévitable palanquée de critiques où les albums sont jugés en quelques dizaines de mots", comme l’écrit Nonoostar ?). 
Alors pourquoi ne pas jeter des ponts entre la musique et la sociologie, la musique et l’histoire (et en finir avec l’histoire du rock, merde !) ou encore la musique et la philosophie ?





Rock&Folk se repose sur son fond de commerce de toujours : la mythologie rock. Dans un pastiche éternel, le mensuel réécrit les mêmes frasques encore et encore (le mois dernier, c’était des récits inédits de Led Zeppelin. Mais franchement, qui ça intéresse encore aujourd’hui ?). 
Et l’ensemble du magazine est écrit comme ça, alternant les rock stories caduques et des interviews d’une vacuité variable, en reproduisant tous les tics de la critique rock (à cet égard, l'interview d'Inside Rock de Laurent Chalumeau, ancien de chez R&F, est remarquable). 
A l’opposé, les Inrocks ont probablement essayé de revoir leur formule et de jeter des ponts entre les matières. Néanmoins, c’est fait dans un tel esprit de sérieux et d’ostentation, qu’il n’est bon qu’à être lu par des esthètes juvéniles du quartier latin en mal de reconnaissance sociale. * 

Celui même qui étale sa lecture de Lautréamont, cite systématiquement Brazil, et aime écouter Siouxie seul en buvant du vin (si, si, ça existe), ne rechigne pas devant une petite lecture des inrocks. 
C’est caricatural et fantasmé? Evidemment. Mais voilà la vision que j’en ai, et malgré tout (et il ne faut pas oublier ceci), on ne peut lire, et de fait, devenir fidèle qu’à un support dans lequel on se reconnait. 

Car le langage n’est jamais neutre, et on se prend de sympathie pour un support que si l’on partage une partie du langage, donc une vision du monde commune. 

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*Probablement des hipsters, ce regroupement social d’esthètes (mais si, c’est ce qu’ils croeint !) qui se gargarisent de partager une culture élitiste, qui est en réalité tellement prévisible. A cet égard, lire l’article "hipster" de Wikipedia pour se persuader de leur prétention naïve.