La vie au ranch est une comédie dramatique française réalisée par Sophie Letourneur en 2009 et sortie l'année suivante. En l'occurrence le premier film de cette dame, qui prétend cerner la vacuité d'une jeunesse parisienne.
Le synopsis avait tout pour me repousser, sans parler de la bande-annonce qui laissait présager un film construit sur des clichés rétrogrades sur ce que doit être un jeune étudiant aujourd'hui.
C'était donc le film que je me plaisais d'avance à détester. Le visionnnage m'aura donné raison.
C'est pêle-mêle l'histoire de quelques jeunes étudiants parisiens peu dégourdis que la caméra essaye de rendre sympathique. Filmant un quotidien bruyant et inutile, la réalisatrice pense peindre un portrait à vif d'une jeunesse qui ne supporte plus la solitude et se confond vainement dans les soirées parisiennes, comme ces filles qui se confondent sur le canapé du ranch.
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| Et la vie en dehors, c'est comment ? |
Assez étrangement, la critique est majoritairement tolérante voire commode avec cette comédie. Autant le dire, je ne pense pas que le film soit vraiment mauvais, pour un premier exercice il pourrait même être attachant. Sarah-Jane Sauvegrain se montre sous des facettes vraiment peu commodes (les réveils difficiles) avec une honnêteté respectable, et certaines vannes sont bien senties (ce qui n'est pas donné à tout le monde). C'est plutôt une certaine idée de la jeunesse habitant le film qui me pose problème. Je peux comprendre que l'on veuille mettre en scène l'étudiant lambda à la Sorbonne et son quotidien destructuré, la volonté de dessiner dans cette vacuité bruyante la solitude des coeurs, mais comment ne pas être irrité devant ce parisianisme affiché?
Les dialogues sentant bon l'autocomplaisance de l'enfant gâté, regorgent de tics de langage pénibles. Dans La vie au ranch, le jeune ne peut s'exprimer correctement parce que cela ne correspondrait pas à sa condition de jeune (à noter la répétition virale de l'adjectif vachement, de l'adverbe juste, parce que, ouai, tu comprends, on est des jeunes et on s'en fout quoi), à l'exception de l'insipide fan de cinéma asiatique. Lui, il est ennuyeux, alors il fait l'économie de toutes les manières de ses petits copains.
Le film ne parle pas le langage des jeunes -s'il existe-, mais plutôt le langage du journaliste chez Cosmopolitain : le djeun's. Tiens, ce franglais macabre, si je l'attrape...
Parce que je ne me reconnais pas dans ce portrait là, je ne peux légitimer un long métrage qui, à défaut de se chercher une raison d'être, s'empêtre de stéréotypes gênants. D'autant plus si la critique se montre indulgente, supposant qu'elle accepte la vérité du film.
Construit sur la thématique adolescente de l'amour et de l'amitié, La vie au ranch fait beaucoup de bruit pour rien. Le film reste moyennement ennuyeux et avance laborieusement en enchevêtrant des difficultés relationnelles grotesques entre les protagonistes. On n'y retient pas grand chose, si ce n'est que ce sont des jeunes qui vont au Baron mais qui sont à gauche (et le font remarquer), comme des journalistes de chez Marianne (hop, dans ton cul!).
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| "Je suis alone in my room" |
Ils ont des copains musiciens (le sinistre Benjamin Siksou, qui selon Wikipedia opère dans un registre jazz-blues, or il serait temps de se rappeler que la jeunesse dorée, ce n'est pas très blues) et font dans l'ensemble des études de lettre ou d'art, mais aucun n'est capable de faire preuve d'un tant soit peu de finesse dans la pensée comme dans l'action. Ces gens-là vraiment, beaucoup de bruit pour rien.
Avec un twist final loin de la ville, suggérant lourdement que loin du vacarme le groupe d'amies peine à trouver de quoi créer une cohésion, on s'ennuie du manque d'audace de la réalisatrice. Il y a des façons plus subtiles pour filmer la précarité sentimentale et financière des jeunes (pour un premier essai, Diner de Barry Levinson était autrement plus intelligent).
Encore une fois, que ce grabuge juvénile se révèle n'être qu'un bruit blanc se dressant comme un mur de solitude entre les gens est un thème riche et commun. Mais évacuer toute épaisseur sous couvert de poncifs sur le djeun's est malhonnête. En fait, il est fort à parier que ce long métrage ne plaise qu'aux gens qui se dupent volontiers de ce tableau sinistre. Au final, cette jeunesse est à l'image du film, trop lourdement démonstrative pour être sincère.


